• Une idée de « Dieu »… et de la responsabilité

    Réfléchir sur "Dieu" me mène toujours par association d'idées à la notion de "famille". Comment est organisé par exemple une famille? Une famille c'est un "tout" qui n'a de sens que via ses "membres" : le père la mère, les enfants et par élargissement, les tantes, oncles, grands-parents, etc. Chacun est la "famille" et la famille est en chacun.

    Réfléchir sur « Dieu » me mène toujours par association d’idées à la notion de « famille ». Comment est organisé par exemple une famille? Une famille c’est un « tout » qui n’a de sens que via ses « membres » : le père la mère, les enfants et par élargissement, les tantes, oncles, grands-parents, etc. Chacun est la « famille » et la famille est en chacun (M.Z)

    MINTSOGAN (Réflexions) – Le concept du « divin », comment le voyez-vous? En ce qui me concerne, voici résumé une de mes visions du « Divin » ou pour emprunter au langage commun : de « Dieu ». J’aime à dire que « Dieu est en moi », ce qui suscite souvent une incomprehension de mon entourage éduqué dans la mouvance catholique. Jesus et l’Afrique, sur ce point on peut dire que l’élève a dépassé le maître (rire). Et alors, le fait de dire qu’on se considère comme partie intégrante du divin, un « Dieu » en devenir, amène immanquablement des réflexions comme : « Et Jesus, tu le mets où? » « Dire qu’on est Dieu c’est vaniteux non? » Bref, encore et toujours cette question de « Dieu » excentré de nous ou non, Dieu comme « quelqu’un » qui serait quelque part, omniscient et omnipotent, et nous, ces « enfants » tout juste bons à glorifier ce « quelqu’un » sur qui tout dès lors repose, nos malheurs comme nos bonheurs?

    Personnellement, je trouve cette vision par trop dé-responsabilisante, car tout ce qui arrive, « C’est ainsi ! Remets-toi à Dieu ». Encore une fois, il faut avoir un entourage africain religieux pour comprendre ce qui est souvent pris pour du fatalisme, et mène à une surenchère : plus les malheurs s’accumulent, plus on prie, plus on affiche sa foi de façon ostentatoire, convaincus soit qu’on n’a pas assez prié, soit que l’inverse de « Dieu » (le type cornu) est à la manoeuvre donc on doit prier encore plus ! A cette allure, on comprend que la fin des églises de réveil et du business des pasteurs millionnaires adeptes de certaines dérives n’est pas pour demain.

    Responsabilisation et culpabilisation, un mariage explosif

    Donc oui, « Dieu », je le vois en moi et de ce fait, je dispose d’une responsabilité propre sur la réalité que j’expérimente, même si hélas, dire « responsabilité », est trop souvent confondu avec « culpabilisation » du style, « Je suis responsable, donc si ça ne marche pas, c’est de ma faute ! » Ma notion de responsabilité se veut exempte de toute culpabilisation. Responsable, pour dire qu’en tant que partie intégrante du divin, je suis co-créateur de ma réalité. Ainsi, avant de chercher hors de moi les causes de mon échec ou succès ou attendre que ma vie change sous une action divine extérieure, je privilégie ce que je peux, MOI, faire. MOI, disposant du pouvoir de « médiateur de toute vie » en tant qu’être humain occupant une place importante dans cette création.

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    « Encore et toujours cette question de « Dieu » excentré de nous ou non, Dieu comme « quelqu’un » qui serait quelque part, omniscient et omnipotent, et nous, ces « enfants » tout juste bons à glorifier ce « quelqu’un » sur qui tout dès lors repose, nos malheurs comme nos bonheurs? » (M.Z)

    En Beti*, la profession de foi ce peuple apprise grâce à un érudit de ma culture, dit  : « Me ne ntebe zang binying bisë ! E bi bia yene, e bi bi ne te yene ! » qu’on pourrait traduire par « Je suis au centre de toute vie, qu’elle relève du monde visible, comme du monde invisible« . Elle dit aussi : « Ma ve’e ! Ma va’a ! Ntondobe a kuligi so.. » qu’on pourrait traduire de façon non littérale par : « J’ai le pouvoir (par la parole) de donner (créer) et d’enlever/retirer et Ntondobe (un des noms de « Dieu », Ndlr) exauce ! ». En méditant sur ces mots, cela me conforte simplement dans l’idée que croire au « Divin » ne saurait se résumer à tout remettre entre les mains d’une entité ou d’un personnage, fut-il considéré comme le sauveur du monde, mais justement, à user au mieux du pouvoir donc le « Divin » nous a doté.

    « Dieu » comme une famille

    Réfléchir sur « Dieu » dans l’optique évoqué ci-dessus me mène toujours par association d’idées à la notion de « famille ». Comment est organisé par exemple une famille? Une famille c’est un « tout » qui n’a de sens que via ses « membres » : le père la mère, les enfants et par élargissement, les tantes, oncles, grands-parents, etc. Chacun est la « famille » et la famille est en chacun. Et pour en revenir à ma conception de « Dieu », depuis petite, je n’ai jamais pu le personnaliser en un être (Jésus dans le milieu catholique de mon enfance). Ne pas intégrer le fait que « Dieu » soit aussi « nous » et « en nous », pour moi c’est un peu comme réduire la famille au père, la mère, en un mot, la réduire à un seul de ses membres. Oui, la mère peut être vu comme « la famille » mais alors, celle-ci ne saurait se réduire ou ne s’expliquer que par elle. Pour qu’il y est « famille », tous les membres qui la constituent doivent en faire partie. Bien entendu, j’ai d’autres approches de « Dieu », mais ça, c’est une autre histoire, pour une autre fois ! (M.Z.)

    *Beti : nom par lequel on désigne au Cameroun les Ekang, connus au Gabon et Guinée Equatoriale sous le vocable « Fang »

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