• « So Natural, So Me » : sensibiliser la jeunesse à l’entretien et la valorisation du cheveu crépu

    _so natural so me7INITIATIVE – So Natural So me (SNSM), oeuver à l’acceptation de soi via des ateliers beauté

    Initié par Elise Ndongo Nyemb, « So Natural, So me » (SNSM) repose sur un concept dont l’évidence s’est imposée face au diktat du cheveu défrisé dans les principales villes camerounaises : promouvoir le retour au naturel et la revalorisation du capital beauté de la femme africaine. Pour cela, l’équipe organise des ateliers de sensibilisation à l’entretien du cheveu crépu, fait de l’accompagnement (coaching retour au naturel, coaching coiffure, tests de produits adaptés aux cheveux crépus, vente-conseils …).

    Le 3 février dernier, à l’occasion des festivités marquant la célébration de la fête de la Jeunesse au Cameroun (elle a lieu le 11 février, Ndlr), la SNSM Team a initié sa première causerie éducative. Le but : sensibiliser les jeunes sur l’entretien du cheveu naturel dans les collèges et lycées à travers les « So Natural…So me Days ». Première étape, le collège CHEVREUL de Douala, principale ville économique du Cameroun. Les 7 membres de la SNSM Team qui s’étaient déplacés ce jour-là, ont eu plaisir à partager leur expérience avec les 800 jeunes filles et 10 enseignants présents. Parmi les sujets abordés, de l’information, mais aussi des démos live :

    – Les dangers du défrisage,
    – les généralités sur le cheveu crépu et son entretien,
    – des astuces pour apprendre aux jeunes filles à comprendre et aimer leur cheveux crépus en les éduquant sur les bons gestes,
    – une démo de démêlage
    – la culture de la différence comme gage de la confiance en soi,
    – l’amour de l’Afrique…

    Elise NDONGO NYEMB, initiatrice du concept SNSM / Photo : SnSm

    Elise NDONGO NYEMB, initiatrice du concept SNSM / Photo : SnSm

    Comme l’écrit l’initiatrice du concept SNSM sur son site* : « La plupart des mamans ont démissionné à cause des contraintes de la vie moderne. La femme est maman, employée, épouse, entrepreneur… et il devient difficile, voire impossible pour certaines de consacrer du temps à leurs enfants ! La solution facile c’est le défrisage. ‘Au moins je suis tranquille, ma fille se débrouille seule sans douleur’ confie Thérès, maman d’une fille de 13 ans. Dans les écoles primaires les mamans les identifient déjà aux stars dont elles portent d’ailleurs les prénoms : Beyoncé, Shakira, Miley Cyrus… Mais savez vous que le défrisage va jusqu’à pousser nos adolescentes à la prostitution!? Ma fille de 17 ans s’est vue conseiller de « prendre un petit ami capable de lui acheter un défrisant par sa camarade de classe ! Il devient donc urgent d’agir… »

    AGIR, et rapidement ! Agir, à travers le site « LES BIDOUILLES D’UNE NAPPY* », présenté comme un « espace de re-découverte du cheveu crépu » par une nappy** vivant au Cameroun. Agirs aussi à travers des actions collectives de sensibilisation tels que des ateliers adultes, ou dans le cas présent, des journées de causeries éducatives auprès de la jeunesse. L’objectif affiché : que celle-ci grandisse avec les bons gestes, et bénéficie de ce qui a souvent manqué à leurs mères. Elise Ndongo Nyemb a bien voulu répondre à mes questions pour en savoir plus sur ce qui, malgré les difficultés, la motive à continuer son travail de sensibilisation.

    Des élèves concentrées devant la SnSm Team / Photo : SnSm

    Des élèves concentrées devant la SnSm Team / Photo : SnSm

    Minsili : Pouvez-vous nous parler du concept « So Natural, So Me » ?
    Elise Ndongo Nyemb : C’est un concept créé pour promouvoir le retour au naturel et la revalorisation du capital beauté de la femme africaine. Nous organisons des ateliers de sensibilisation à l’entretien du cheveu crépu, de l’accompagnement (coaching retour au naturel, coiffures…) et la vente conseils des produits adaptés aux cheveux crépus, produits qui par ailleurs ont été testés par notre équipe.

    M.Z. : Vous avez l’habitude d’organiser des ateliers pour adultes, mais le 3 février dernier, vous avez fait une descente dans une école de la ville de Douala, pourquoi ?
    Nous avons remarqué que les mamans adhéraient moins à cause disent elles « des aléas de la vie moderne ». Elles ne trouvent pas le temps de s’occuper des cheveux de leur enfants ; face à cet abandon nous nous sommes dit qu’il était de mise de donner une chance à ces enfants de ne pas tomber dans les mêmes travers que nous. Beaucoup de jeunes filles pensent au défrisage parce qu’elles ne grandissent pas avec l’image du cheveu crépu comme atout de beauté. Les mamans ont perdu les bons gestes, la session coiffure étant devenue un calvaire, très vite le défrisage devient la solution facile.

    M.Z. : Comment met-on en place un tel évènement ?
    Nous nous sommes rapprochés des dirigeants du collège Chevreul en leur présentant la corrélation existant entre l’amour de soi dans sa différence et la réussite scolaire. En effet, la sensibilisation sur le port du cheveu crépu a pour but de développer la confiance en soi et éloigner ainsi les complexes qui conduisent à l’échec.

    Les membres de la SnSm Team présents ce jour là / Photo : SnSm

    Les membres de la SnSm Team présents ce jour là / Photo : SnSm

    M.Z. : Comment cette action de sensibilisation a été perçue ?
    Pour paraphraser le principal du collège : « C’est une perche tendue, une solution qui peut nous aider à avoir une génération de femmes africaines fières de leurs origines ». Quant aux élèves, elles étaient émerveillées de voire des mamans qui mettent en valeur des coiffures taxées de « coiffure d’enfant. » Elles ont compris que le défrisage n’est pas le passage obligé vers la vie adulte. Les élèves se sont installées avant l’heure, preuve de l’intérêt porté au sujet. Les questions fusaient pendant la présentation et elles répondaient avec enthousiasme aux questions posées lors du quizz.

    M.Z. : Sensibiliser au plus tôt, oui, mais quid des parents ? Que pourra bien faire un enfant avec les informations reçues si à domicile le naturel n’a pas lieu de cité ?
    La plupart des adolescentes se débrouillent avec leur cheveu, car comme je vous disais plus haut, les mamans ont démissionné. La plupart des enfants que nous avons interrogé nous avouent qu’elles sont passées au défrisage pour en finir avec la douleur liée à une mauvaise manipulation de leur cheveu. Leur donner les bases de l’entretien du cheveu crépu leur permettra d’éviter « la douleur », et partan, d’éloigner l’option défrisage.

    M.Z. : Dans le retour sur l’évènement du 3 février, vous évoquez le chiffre de 20% de naturelles…
    Nous avons fait circuler avant l’évènement des fiches de sondage. Les résultats sont clairs : 20% d’élèves seulement résistent encore au pot de soude. Il faut dire qu’au Cameroun, les enfants se défrisent de plus en plus tôt d’où l’urgence de telles actions.

    M.Z. : Quelle est aujourd’hui la place du naturel au Cameroun et particulièrement à Douala, principale ville du pays ?
    Le cheveu naturel est dévalorisé au Cameroun, on le traite de sale, ingérable et les personnes qui le portent sont traitées de tous les noms : lesbiennes, droguées, villageoises… La tendance est plutôt au « modernisme » symbolisé selon les adeptes par les tissages avec toutes sortes de mèches naturelles.

    Descente sur le terrain de la "So Natural, So me" à Douala / Photo : SnSm

    Descente sur le terrain de la « So Natural, So me » à Douala / Photo : SnSm

    M.Z. : La sensibilisation au naturel, souvent assimilée à du militantisme, peut autant rencontrer l’adhésion que le rejet. Le public auquel on s’adresse se sentant jugé dans sa pratique du défrisage ou recours aux mèches, que faire pour lever ce sentiment qui peut fausser la donne?
    Dans notre démarche il n’est pas question de juger les femmes. Nous leur présentons simplement le fait que le défrisage ne doit pas être une fatalité. Nous leurs disons et montrons que la femme africaine a le choix. La beauté est plurielle et ne saurait s’emprisonner dans les standards imposés. Si on choisit le défrisage, cela doit rester un choix délibéré et non une fatalité.

    M.Z. : Dans votre propre pratique et à travers SNSM, quelles sont les principales objections avancées par celles qui disent non au retour au naturel ?
    Beaucoup de personnes pensent que c’est un débat obsolète et que c’est un combat perdu d’avance. « On ne peut pas arrêter le progrès », entendons-nous très souvent dire.

    M.Z. : Les principales difficultés rencontrées par une structure comme SNSM ou les naturelles du Cameroun?
    L’Eternel souci est celui des sponsors. La plupart de nos évènements sont financés par fonds propres. Au Cameroun, les annonceurs pensent que c’est un sujet qui n’intéresse qu’un groupuscule de personnes et ne trouvent pas d’intérêt à s’associer à ce concept. Nous rêvons dévènements gratuis, mais nous sommes souvent obligés de faire payer l’accès, ce qui constitue un frein au développement du concept.

    M.Z. : Et les hommes dans tout ça ?
    La plupart des hommes préfèrent « les femmes naturelles » et se considèrent comme des victimes résignées face à l’agressivité du cheveu lisse.

    Photo : SnSm

    Photo : SnSm

    M.Z. : Les médias jouent un rôle important dans la pérennisation de l’image de soi, en ce qui concerne le rapport à l’esthétique féminine (beauté, cheveux), que direz-vous des médias camerounais ?
    Au Cameroun, la mode est incontestablement au lisse ! A longueur de journée, les médias nous projettent l’image de la femme à la peau claire et aux cheveux lisses ! Les jeunes s’identifient à ces modèles, et c’est la ruée vers les tissages et défrisages à répétition.

    M.Z. : La suite après le collège Chevreul ?
    Nous comptons dupliquer de telles actions dans d’autres écoles et créer des clubs « so natural…so me » dans les établissements scolaires.

    M.Z. : Un dernier mot ?
    Nous avons le devoir en tant que parents d’inculquer à nos enfants l’amour de l’Afrique et de tout ce qu’elle nous donne comme héritage (nos langues, la peau, les cheveux). Apprenons à nos enfants à s’aimer tels qu’ils sont avant de s’ouvrir au monde au risque de se perdre. La différence ne doit pas être combattue, elle est au contraire une FORCE qui nous poussera vers l’apogée que nos ancêtres ont connu avant nous.

    Elise Ndongo Nyemb, initiatrice du concept "So Natural, So me" / Photo : SnSm

    Elise Ndongo Nyemb, initiatrice du concept « So Natural, So me » / Photo : SnSm

    A découvrir en ligne :
    – Le site Les bidouilles d’une nappy*
    – La page Facebook de So Natural, So Me
    Crédits photos : SNSM
    * Nappy : contraction de « natural » et « happy », terme lancé par les afro-américaines, et aujourd’hui usité par nombre de femmes portant leurs cheveux crépus (naturels)

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